Lettre à ma jeune moi.

Dernière mise à jour : 9 oct. 2019


Tu as 12-13 ans, tu es dans tes premières années du secondaire et tu commences tranquillement à t'intéresser à la nourriture. Tu fais tes propres recherches et tu te rends rapidement comptes que beaucoup d'informations que tu trouves se contredisent, que les régimes sont autant glorifiés que détestés et tu te promets que jamais au grand jamais tu en essaieras. Les années passent et tu t'informes de plus en plus. Sans t'en rendre compte, l'alimentation devient une grosse partie de ta vie.


En secondaire 3, monsieur végétarisme entre dans ta vie et y est encore à ce jour. Une à une, tes amies le deviennent aussi. C'est beau, vous vous conscientisez autant sur votre impact environnemental que sur votre propre santé et vous vous en parlez à l'heure du dîner. Tu continues de t'informer en lisant sur les Internets et en écoutant des vidéos sur Youtube, car c'est un sujet qui te passionne réellement.


En secondaire 4, tu traverses une période plus difficile, où tu rencontres madame anxiété. Il t'arrive (trop souvent) de descendre à la cuisine le soir avant d'aller te coucher pour ce qui devait être seulement qu'une collation, mais qui se transformait chaque fois en période de 'binge eating', où tu mangeais tes émotions à grands coups de n'importe quoi. Littéralement. Un bol de céréales, des noix, des craquelins, du beurre de peanut sur une pomme, un restant du souper, name it, tu mangeais tout. Le pire, c'est que tu n'avais souvent même pas faim au départ, mais tu étais incapable de te contrôler. Et c'est correct. Fallait que tu passes par-là pour en être où tu es maintenant I guess.

Bref, c'est dans ces temps-là que tu as décidé que tu irais étudier en nutrition à l'université, parce que tu voulais des réponses, démêler le vrai du faux sur tout ce que tu avais lu, mais surtout tu voulais t'aider. Parce qu'au fond de toi, tu savais bien que quelque chose n'allait pas, mais puisque tu n'étais ni anorexique, ni boulimique et que ton poids, quoique zéro stable, était tout de même santé (il faut dire que tu étais très active), tu ne devais pas avoir de trouble alimentaire. Du moins, c'est ce que tu penseras pour les prochaines années.


Fast forward à la fin du secondaire/cégep, tu continues de t'entraîner par toi-même, tes rages le soir sont moins intenses, mais il t'arrive encore de manger jusqu'à en avoir mal au coeur, parce que tu ne sais malheureusement pas te gérer.


En arrivant à l'université, là où tu es sensée trouver toutes les réponses à tes questions, tu frappes un mur solide, parce que tu te rends compte que la vérité absolue n'existe malheureusement pas, que ce n'est pas tout blanc ou tout noir et que la nutrition reste une zone aussi grise qu'avant d'y étudier.

Bref, t'es perdue solide. Et tu te remets en question. Beaucoup. Depuis le début de l'uni, tu te questionnes sur la meilleure façon de t'alimenter et inconsciemment, tu observes les habitudes alimentaires de tes collègues et ton entourage. Et ça te f*ck le cerveau bin raide. Tu te rends compte, à force de parler avec d'autres étudiants dans ton BAC, que vous êtes beaucoup à avoir une drôle de relation avec la nourriture. Quelques-unes de tes amies commencent le 'intermittant fasting' et selon ce que tu apprenais dans tes cours, ça faisait quand même du sens, donc tu te dis que tu devrais bien le tester toi aussi pour en avoir le coeur net. Pire. Idée. Ever. Tu viens de brouiller tes signaux de faim complètement. Le matin, tu n'as pas faim/limite mal au coeur, mais quand ça commence, ça finit plus.

J'avais vu un TED Talk sur Youtube où la dame travaillait justement avec des personnes aux prises avec un trouble alimentaire. Un truc qu'elle donnait était de se représenter une échelle de 1 à 10 dans sa tête où 1 = tu meurs de faim et 10 = tu veux te vomir l'estomac tellement tu t'es gavé, donc l'idéal est de rester entre 4 et 7.

Pendant cette période de ta vie, t'es partout sauf entre 4 et 7. Et ça finit pas là. En même temps, tu décides de compter tes calories in/out avec l'aide d'une application mobile et de ta nouvelle montre Garmin. Pire idée ever 2.0. Tu calcules tout avant de manger et ça ne fait qu'occuper tes pensées matin, midi, soir. Faut dire que de parler de bouffe chaque jour dans tes cours et de faire la majorité de tes travaux sur le sujet, en plus d'être abonnée à des dizaines de comptes de nutritionnistes et de recettes sur Instagram n'aident pas ta cause, mettons. Bref, c'est rendu malsain à souhait et tu le sais au fond, mais tu ne veux pas te l'avouer par peur. La peur de quoi? Bonne question.


Pendant les vacances de Noël, la vie a fait en sorte que tu reprennes tranquillement des habitudes de vie plus saines en déjeunant quand tu as faim et en délaissant complètement le compte de calories.


En revenant à l'uni à la session d'hiver, tu te jures de ne jamais retoucher à cette application maudite et tu la supprimes de ton cell. Good move girl.


Quelques semaines passent et tu n'as encore pas le contrôle sur ton alimentation. Puis un dimanche soir, avant une grosse semaine qui t'attendait, tu l'échappes complètement et tu vides les armoires de la cuisine. C'est con, tu te demandes pourquoi tu fais ça, tu sais que tu n'as plus faim, mais c'est plus fort que toi, tes émotions ont pris le contrôle de ton corps apparemment, parce que tu ne peux plus t'arrêter...jusqu'à ce que tu feel physiquement dégueulasse. À ce moment-là tu en as assez et tu décides d'aller chercher de l'aide, parce que tu réalises enfin que tu as un problème. Tu textes donc une amie avec qui tu en avais parlé un peu et qui t'avais parlé qu'une psychologue pouvait aider.


La semaine suivante, ton rendez-vous est pris avec la psy de l'école et tu commences le cheminement personnel qui va te permettre de comprendre tes actions et tes habitudes qui guidaient tes choix alimentaires depuis trop d'années. Tu te rends compte que tu t'en fais beaucoup trop avec la bouffe et que, sans le vouloir, tu te compliquais tellement la vie (et ça t'arrives encore).

J'veux juste te dire qu'aujourd'hui, même si tu es encore loin d'être "guérie" et que tu ne le seras peut-être jamais complètement, tu as fait tellement de chemin et je te félicite. Non, j'suis sérieuse, bravo girl. En t'ouvrant et en en parlant avec tes amies et ta famille, tu te rends bien compte qu'avoir une relation malsaine avec la nourriture est beaucoup plus fréquent que tu ne le pensais. Vraiment. Et en parler te fais un bien fou. C'est un peu pourquoi je/tu écris ce texte en ce moment, en espérant que Marianne de 15 ans comprennent qu'elle n'est tellement pas toute seule là-dedans, que beaucoup plus de gens qu'elle ne le pense vivent la même chose et qu'en en parlant ensemble, ça aide à normaliser nos actions et à leur accorder moins d'importance.


Bref, je vais finir avec une mise en garde que la psy m'a dite, à laquelle je n'avais pas pensé, mais qui vaut la peine d'être dite:

"You're gonna have downfalls. EXPECT it. And LEARN from it. But you're already doing great, good for you!"

Marianne xo

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